Visite du Musée du plâtre à Cormeilles-en-Parisis

Dans le cadre du projet « un liant pour faire du lien » porté par l’association Les Pierres de Montreuil, les participants aux chantiers de formation 2021 en maçonnerie pierres, terre, plâtre aux Murs à Pêches de Montreuil, ont été accueillis par Vincent Farion au Musée du Plâtre à Cormeilles-en-Parisis. Également accompagnés par le spécialiste du plâtre Joël Tressol, les apprenants ont découvert l’histoire et les usages du plâtre.

Connaissez-vous le plâtre ?

Une pierre broyée, concassée, cuite, moulue, jusqu’à l’obtention d’une poudre blanche… qui une fois hydratée devient malléable et souple épousant toutes les formes et rêveries possibles avant de retrouver la solidité de la pierre.

Le gypse est une roche tendre faite de sulfate de calcium et d’eau, la formule chimique est  CaSO4-2H2O. Selon les régions du monde, le gypse cristallise selon des faciès très différents et possède ainsi, des variétés extrêmement diverses : lamelleux, fibreux, saccharoïde, en paillette, en fer de lance (carrière de Vaujours, typique du sol parisien), en pied d’alouettes, en rose des sables… On le reconnaît manuellement car il est rayable à l’ongle.

En France 68 % du gypse est concentré en Île-de-France. Le musée du plâtre se situe à côté de la carrière de Cormeilles-en-Parisis dont les couches géologiques sont typiques du bassin parisien avec une alternance de marne (argile), de calcaire qui permet de faire la chaux et de gypse. A côté de la carrière se trouvait une plâtrière et une briqueterie.

Les gisements sont exploités à ciel ouvert ou en galeries souterraines. Autrefois l’exploitation se faisait surtout par cavage. Le sous-sol parisien est truffé de galeries. A Cormeilles-en-Parisis, ont été percé sous la ville, 285 km de « rues » d’où la pierre à plâtre était conduite vers les fours, à dos d’âne ou de mulet. Le « plâtrier » c’est le nom de ce mineur qui extrayait la pierre à l’aide d’outils rudimentaires : maillet, mailloche, pic, tarière, auxquels Diderot et D’Alembert ont consacré une page de l’Encyclopédie. Aujourd’hui, les engins de terrassement permettent l’extraction à ciel ouvert, même si la couche de terre à enlever est plus importante que la couche de gypse elle-même.

On trouve d’autres gisements de gypse en France : à Pouillon dans les Landes, dans le Jura, dans l’Allier et à Decize dans la Nièvre. On a une « rue des plâtrier » au Puits-en-Velay où il y a eu des effondrements et on connaît un four à plâtre à Berzé-la-Ville en Saône-et-Loire.

Les blocs de gypse extraits sont cuits pour faire évaporer l’eau puis broyés, anciennement à la main d'où l'expression « battre comme plâtre », ou dans un moulin mû par un cheval. Selon les régions et au fil du temps, il y a des variations de type de fours. En Provence, à Tanaron, près de Sisteron, il y a du plâtre et du bâti plâtre. On trouve des four en tas ou fosses à cuir. On cuit à 150 °C. Une flamme est à minimum à 400°C. C’est l’empilement du gypse et du bois qui permet de maîtriser la température.

 

Société Géologique du Briançonnais, nov. 2021
Société Géologique du Briançonnais
Théodore Géricaut, Le four à Plâtre, 1822, Louvre, nov. 2021
Théodore Géricaut, Le four à Plâtre, 1822, Louvre

 

On a ensuite utilisé des fours-culées (Atlas de l’architecture et du patrimoine, vers 1770)

 

Ces fours sont installés dans un double abri aux murs de briques muni d’un toit) où l’artisan empilait des rangées de pierres de gypse et comblait les interstices avec du coke (charbon). La cuisson durait 4 ou 5 jours. Vinrent ensuite les fours droits.

Selon le mode de cuisson, les plâtre a des teintes différentes.

 

À la fin du premier tome des Misérables, Victor Hugo signale un lieu emblématique, aujourd’hui disparu, du paysage et de l’artisanat franciliens du XVIIe au XIXe siècles. Peignant le mode de vie d’une bande de truands parisiens - voleurs, tueurs, faiseurs de basses besognes et autres marginaux du gang de «Patron-Minette» -, l’auteur évoque un refuge peu commun des êtres sans logis: « le jour, écrit-il, fatigués des nuits farouches qu’ils avaient, ils s’en allaient dormir, tantôt dans les fours à plâtre, tantôt dans les carrières abandonnées de Montmartre ou de Montrouge »

L’eau extraite a 38 millions d’années, date à laquelle les mers saumâtres se sont asséchées et ont formée ces gisement cristallins. Le gypse déshydraté et broyé forme la poudre de plâtre, qui quand on lui ajoute de l’eau, quand on le gâche, recristallise et forme ce liant si précieux et recyclable à l’infini. C’est le cycle du plâtre. Dans de nombreux pays, il n’y a qu’un seul mot pour dire gypse et plâtre.

Depuis le néolithique, l’homme sait fabriquer le plâtre à partir du gypse. Utilisé en construction, il est très vite utilisé comme support de création. En Anatolie, on a retrouvé des fresques peintes sur des enduits de plâtre datant de 9000 ans avant l’an zéro. Les Sumériens, les Assyriens puis les Égyptiens emploieront le même procédé.

 

Peinture murale sur enduit plâtre, Mari actuelle Tell Hariri, Syrie, vers 1780 avant l’an zéro., nov. 2021

Peinture murale sur enduit plâtre, Mari actuelle
Tell Hariri, Syrie, vers 1780 avant JC

Sarcophages décorés en plâtre moulé, VIIe siècle. © UASD . O. Meyer., nov. 2021
Sarcophages décorés en plâtre moulé, VIIe siècle.
© UASD . O. Meyer.

 

 

 

Ce sont les romains qui ont apporté cette technique en France. On a retrouvé une marche en plâtre dans une villa romaine fouillée à Cormeilles-en-Parisis (Fin IIème - début IIIème siècle). On a aussi retrouvé des sarcophages Mérovingiens en plâtre à Saint Denis datant de la fin du IVème siècle. Ce sont des imitations de ceux en pierre taillée des Romains. En moulant des cuves d'un seul tenant, à l'aide d'un double coffrage en planches de bois réutilisable, les « tombiers » mérovingiens ont mis au point un procédé de fabrication en série. Certains moules ont ainsi permis de réaliser plusieurs dizaines de cuves.

Si l’art mauresque est associé au Maghreb et à l’Espagne où les musulmans se sont fixés pendant VIII siècles, il s’étend jusqu’en Turquie, en Iran et en Inde. On date ses débuts en 632, date de la mort de Mahomet, et son déclin au XVIIème siècle environ, selon les pays.

Pour le travail fait directement sur les murs on parle de gypserie. Le plâtre ciselé est une plaque sculptée par enlèvement.

L’usage du plâtre devient courant au Moyen-Âge en France. L’art Roman sera marqué par certains motifs mauresques.

La présence de 20 % d’eau dans la structure du gypse fait qu’elle ralenti le feu et le plâtre est utilisé comme matériau ignifuge obligatoire dans la construction en France depuis un édit de Colbert sous Louis XIV en 1667 suite au grand incendie de Londres en 1666.

Le style baroque et le triomphe de l’imagination, intègre le plâtre dans l’ornementation intérieur en Italie, Espagne et Europe centrale particulièrement dans l’art religieux où les décors sont surchargés de draperies de stuc. Depuis le XVIIIème siècle, le gypse est aussi beaucoup utilisé en agriculture pour enrichir, amender, les sols.

 

Stuc, gypserie et staff

« J’ai acheté des tonnes de staff… des stocks de stuc… et fait construire une entreprise de démolition » Raymond Devos

L’art du stuc recouvre l'ensemble des techniques de mise en décor d'une surface en aplat ou en relief. Ce terme s'applique quelle que soit la nature du matériau mis en œuvre : terre, plâtre, chaux ou ciment.

Dans ces mises en décor et pour ce qui concerne le plâtre on trouve en aplats les enduits et en relief la gypserie et le staff. Ce qui les différencie est leur réalisation.

La gypserie est réalisée directement sur le support (mur, plafond, etc) alors que le staff est fabriqué sur table, que ce soit sur place ou en atelier.

Le stuc est un enduit décoratif réalisé à base de chaux (oxyde de calcium également cuit dans des fours depuis l’antiquité), de plâtre et de poudre de marbre. Il sert pour parementer la pierre mais aussi à faire des moulures, des bas-relief, des ornements d’architecture. Les pyramides d’Égypte vieilles de 5000 ans, sont intérieurement recouvertes de stuc. C’est ce matériau qui après polissage présente l’aspect lisse du marbre et sera utilisé pour orner les sarcophages.

Les plâtres Vieujot installés sur un site qui fabrique du plâtre depuis 1760, sont une référence pour les arts du stuc brique, stuc pierre, stuc marbre qui permettent de reproduire différentes pierres.

 

Par l’utilisation de pigments, le stucateur, va teinter différents volumes de plâtres. Ces pâtes colorées, sont mélangées. A sec elles seront découpées, tranchées. Les différentes teintes vont créer l’effet veiné, marbré recherché. Le marmorino est un enduit à la chaux avec des pigments et travaillé à la plumes pour avoir des effets de nuances.

Staffeur est le métier des techniques de l’ornementation en plâtre réalisée sur table. Du plâtre armé avec de la filasse, du sisal originaire d’Amérique du sud, sert à mouler, tracer des corniches faîtes sur table. Ce mot vient de l’allemand staffieren garnir et de l’ancien français estoffe, matériaux.

Exposition coloniale de 1931, à Vincennes, nov. 2021
Exposition coloniale. 1931
Fronton brisé à volute, réalisé en staff par Monsieur Frédéric Pirot, Meilleur Ouvrier de France - Staffeur ornemaniste. 2014, Ce demi fronton est exposé au musée du plâtre de Cormeilles-en-Parisis.

Fronton brisé à volute, réalisé en staff par Monsieur Frédéric Pirot,
Meilleur Ouvrier de France - Staffeur ornemaniste. 2014

La Belle Époque au début du XXème siècle en use énormément, pour les balcons et plafonds des théâtres et cinémas. A l’exposition coloniale de 1931, à Vincennes, la reproduction du temple d’Angkor, entièrement réalisé en staff donne à ce matériau une renommée internationale.

Le moulage permet la reproduction de formes plus complexes et d’œuvres d’art. A partir d’empreintes, le mouleur peut créer plusieurs moules pour pouvoir démouler une œuvre sans la briser. On parle de moule à pièces.

Un portrait de Salvador Dali réalisé par le sculpteur Georges Boulogne a été fait à partir d’une matrice en terre, sur laquelle un moule à creux perdu a été réalisé. C’est dans celui-ci qu’on coule le plâtre original. On peut alors « patiner bronze » le plâtre.

La technique du moulage est aussi beaucoup utilisée dans les arts de la céramique (Manufacture de Sèvres) et plus récemment dans l’industrie céramique pour la production d’objets en série : tasses, lavabos, baignoires… Il y a toujours un mouleur dans un atelier de céramique.
On assiste aussi à l’évolution des outils des plâtriers, visibles au musée du plâtre. Après la deuxième guerre mondiale, apparaissent les plaques de plâtre aux États-Unis. Importées en France dans le cadre du Plan Marshall, elle seront très utilisée pour la reconstruction rapide du pays. La travail avec les plaques s’apparente davantage à la menuiserie et devient le métier de plaquistes d’abord rejeté par les plâtriers puis accepté du fait des enjeux économiques. Dans les années 1960 apparaît la machine à enduire.

Dans le monde industriel, on recycle de plus en plus le plâtre. Il y a un enjeu environnemental à trier sur les chantiers.

On recherche ...

Le musée du plâtre cherche actuellement un nouveau lieu. La ville de Montreuil, avec ses anciennes carrières de gypse (Le parc des Beaumonts, le parc des Guilands, les Murs à Pêches bâtis en pierres et en plâtre et le nouveau four à recyclage du plâtre de l’association Les Pierres de Montreuil, permettrait de former un ensemble patrimonial et éducatif cohérent.

https://www.museeduplatre.fr/platre-grpa

 

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